« Témoignage sur la pratique de l’Edging » par Oclide

Le lien entre moi et mon maître

J’ai eu envie d’écrire quelques lignes sur notre pratique de la privation de jouissance. Cette technique me permet d’accélérer mon plongeon vers le lâcher prise et d’évoluer ensuite parmi les bas fonds. En outre, comme elle agit sur du long terme, mon Maître s’en divertit pendant de nombreuses soirées. L’orgasme devient utopique, célébré comme un privilège.

Combien de jours sans orgasme ? Quelques fois, j’en perds le compte… Cette contrainte, infligée par mon Maître, se nomme le « Edging ». Cette méthode consiste à mener son partenaire presque à la jouissance puis stopper complètement. Le soumis demeure dans un état d’excitation quasi constant. Chaque frôlement de la peau devient électrique. Même sans aucun attouchement, cet état de manque à la possibilité de générer par exemple des nuits mouvementées. Personnellement, je peux me réveiller brusquement par ma cyprine qui s’écoule sans aucune sollicitation, se répandant de manière naturelle. Comment se rendormir avec des cuisses moites ?

Au bout de quelques jours, même mon esprit, sans aucune stimulation qu’elle soit visuelle, physique ou autre, contribue à conserver ce conditionnement. Je m’explique, en journée où je suis occupée par diverses obligations, je ne peux m’abstenir de m’échapper ou de revivre certaines images. Comme des absences. Je me transforme alors en créature rêveuse ou même en droguée en manque de fixe. Ou en souris qui trotte inlassablement dans sa roue.

Nous n’avions aucunement connaissance de cette pratique de sorte que nous nous sommes documentés une fois cette trouvaille faite. Il faut savoir qu’auparavant, je jouissais une dizaine fois pendant chaque rapport. La plupart des orgasmes m’emportait et m’effondrait. Une privation a eu lieu un jour, par divertissement. A la suite de cette scène, je me suis questionnée sur cette expérience pour analyser les émotions ressenties et les effets corporels. Nous avons donc échangé sur le sujet. Curieux de nature, pourquoi ne pas expérimenter? Jamais nous n’aurions imaginer l’ampleur de cet acte sur nos relations de domination/soumission.

De plus, j’estime que nous ne sommes pas encore aller jusqu’au bout du processus. Je devine, je pressens au plus profond de moi, que nous avons d’autres étapes à franchir. En effet, à chaque prolongation, à chaque frustration supplémentaire, cet exercice a pour conséquences de provoquer un don de soi, un lâcher prise encore plus considérable. Les jeux se sont alors bouleversés, l’orgasme n’étant plus un objectif en soi, étant devenu pour moi, complètement aléatoire. Contraint à une autorisation de mon Maître. C’est alors qu’une nouvelle dimension est apparue car le psychisme et le physique ont été impliqués de manière fusionnelle. Alchimie démoniaque et machiavélique. Mon Maître découvre sa chienne devenir encore plus chienne. Quelle sera la limite ? Je suis incapable de la formuler. Mon destin est il de finir comme une marionnette insatiable, guidée par mes pulsions lubriques ? A suivre…

Une des séances, bien avancée dans ce contexte pourrait se dérouler ainsi :

Je suis sous le joug de mon corps tendu, hypersensible aux caresses de mon Maître et maintenant à n’importe quel effleurement qu’il m’offre. Cet état, plus que fébrile, à la limite de la brisure se répercute sur mon attitude. Ma respiration s’affole instantanément simplement lorsqu’il appose sa main sur la mienne. De fait, il entretient cette atmosphère en glissant fréquemment sa main, capricieuse, sur mon corps. Pervers, il use et abuse de mon état fiévreux, de ce paradoxe qui se déroule au plus profond de mon ventre et de mon esprit. Je suis à la fois excitée à l’extrême et en même temps grandement frustrée. Sur le vif.

Mon besoin devient kafkaïen car tentée d’en avoir plus, plus de n’importe quoi d’ailleurs que je serai bien incapable de définir, mais de la même manière, je sais pertinemment, que cette situation sera de plus en plus difficile à maîtriser. Comme Icare s’approchant du soleil. Et comme Icare, je suis captivée, j’ai cette faim viscérale du contact de ses mains solaires, de sa peau torride, de sa queue rayonnante…

Je me trouve alors véritablement dans une situation délicate, schizophrénique. En effet, d’une part je subis mon propre cercle vicieux et d’autre part, j’encours un autre « danger ». Cet appétit vorace d’ attouchements, dans un premier temps, quémandé, m’oblige par la suite à adopter un comportement beaucoup plus périlleux. Dans le sens où, je frôle la frontière avec ma condition de soumise. Inconcevable. Mon plaisir est sans valeur.

Il est vrai que si l’attente s’éternise, j’ai la faiblesse de quérir ce Graal en devenant plus entreprenante. Dans ce cas, j’encours le risque ultime d’une coupure irrémédiable de contact. Ce soir, exacerbée par les caresses multiples, je me frotte contre lui, en ayant à l’esprit qu’une seule crainte, celle d’être rejetée au fond du lit. Mais je n’y tiens plus, j’ondule, je virevolte, je lui agrippe les mains, lui palpe le torse, l’embrasse. Allongée sur le coté contre lui, j’approche mes membres inférieurs, mon pubis contre ses jambes, telle une chienne en rut. Je me métamorphose en véritable animal. Le cerveau reptilien a gagné la bataille.

Il cultive cette bestialité, cette régression graduelle par ses paroles, ses cajoleries comparables à celles qu’il prodiguerait à une chienne. Une chienne au regard fou. La tête courbée, je n’obtiens même pas la permission de lécher son pénis. . Alors, je lâche tout et j’ai dans ma tête l’image de ces scènes où les chiens s’excitent l’un contre l’autre impudiquement avant leurs copulations. Ou se frictionnant ridiculement contre les jambes de leurs maîtres, leurs sexes érigés de plaisir. Je deviens comme eux. Je peux jouir comme cela, juste en étreignant mon pubis contre ses jambes et c’est pourquoi j’essaie de garder juste une once de lucidité pour éviter cet écueil fatal.

Lorsque je m’approche trop du soleil, lorsque je suis à la limite de la jouissance, je ne peux compter que sur ma volonté pour stopper l’inéluctable. Mon corps réagit tout de même, se crispant, je serre les dents, mes mouvements deviennent incontrôlés, saccadés, je grogne, parcourue de spasmes nerveux, je tremble comme atteinte de fièvre, hébétée. Ses mains ont presque plus d’ascendant que sa queue.

D’autres soirs lorsque je suis au bord du précipice, il décide de me repousser. Tout se casse à l’intérieur de moi, je souffre, je geins, je le supplie de ne pas m’écarter mais la plupart du temps mes supplications se perdent. Ainsi, je suis généralement expatrier fermement au fond du lit pour dormir ainsi toute la nuit, parfois attachée même. J’ai la grâce de temps à autre d’être attrapée par les cheveux où je peux ramper jusqu’à ses couilles et selon la qualité de mon offrande, recevoir son foutre tant espéré, salvateur. Je le glorifie dans ces moments de toute mon être pour sa faveur. Cette délivrance par laquelle je me sens complètement sienne, me permet de m’apaiser ponctuellement. Épuisée nerveusement et physiquement, je trouve enfin une sortie dans ce labyrinthe tortueux.

Je décèle une autre issue parfois à ce dédale interminable, je le repousse. Oui, vous bien lu. Limite là aussi. Imprudente, mes ailes se déplument à vue d’œil, je me suis trop approchée de l’astre incandescent. Moi si avide de son corps, comme une ultime révolte, je me hasarde à écarter l’objet de mes tourments. Alors, à moitié démente, Il doit m’entraver les mains, s’étendre sur moi, ou me punir, fouettant frappant, giflant… pour faire retomber cette tension. Puis, le pic franchi, la respiration s’apaise, et je retombe dans une torpeur voluptueuse, jusqu’au prochain sommet….car l’excitation se tapie mais vit toujours au creux de mon ventre, telle une bête sauvage. Elle patientera volontiers. Les prochaines sollicitations ne devront pas tarder. Et il remet en route le manège inlassablement. Heureusement, mon cœur est solide…

Et enfin, il arrive que le Maître ait la bonté de m’aiguiller pour m’échapper de ces chemins murés, me faisant hommage lui même de mon fil d’Ariane. Recluse hallucinée de mes tourments orgasmiques, j’ai revêtu ma peau de bête. Incontrôlable ou inépuisable, rebelle ou esclave, il devient le guide de cette libération. Il m’impose dans ce cas précis à prendre la position allongée sur le ventre. Une main dans ma bouche et une autre sur mon clitoris. Suivant son humeur, il fait usage soit d’un martinet, d’une ceinture mais surtout de la canne. Sans aucune préparation épidermique, il m’assène de coups brutaux sur les fesses ou cuisses de son instrument élu. Je rugis, je vocifère, la douleur me dévore, me déchire mais me libère de cette tension retenue prisonnière au fond de mes entrailles. Il contrôle ensuite, insérant ses doigts, agaçant mon bouton et surtout en scrutant mes réactions. Ai je réussi à m’évader ? Suis parvenue à m’enfuir ? Ou suis je encore retenue par mes chaînes ? S’il constate encore une errance de ma part, il renouvellera sans pitié jusqu’à ce que je devienne inerte à ses côtés, délivrée.

Et l’orgasme ? Allez vous me dire. Tu ne jouis jamais ? Si bien sûr. Un orgasme est à présent exceptionnel, extraordinaire. Mon Maître me récompense par cet apanage suivant sa volonté. L’emprise de mon Maître est écrasante, jouissive du contrôle absolu qu’il peut avoir sur les réactions de mon corps e de mon esprit. J’ai perdu cette liberté de volupté mais je l’ai converti en dévotion et de fait, j’ai l’immense fierté de servir Son Plaisir. Le mien infime, dérisoire, n’obéit qu’à ses injonctions bienveillantes. Lorsque les paroles magiques sont énoncées, ma conscience met généralement quelques secondes à déchiffrer l’information. Je n’ai plus de mots, plus de geste pour lui rendre grâce. Je ne peux que célébrer ce moment qu’en dénouant les nœuds inextricables superposés un à un dans mon ventre pour libérer la bête. Elle sort alors de sa tanière, d’abord peureuse puis en feulant, grognant, hurlant à la mort près à mordre tout ce qu’il l’approche, féroce. Auparavant cloîtrer dans sa cage, elle s’attaque au monde entier découvrant enfin sa souveraineté. Alors comme la reine de la savane, son rugissement secoue, fait frémir ceux qui l’entendent pendant de longues minutes. Puis, assagie, domptée, elle retourne se nicher, heureuse dans les bras de son Maître comme une petite lionne apprivoisée.

Merci Maître

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2 thoughts on “« Témoignage sur la pratique de l’Edging » par Oclide

  1. impossible à envisager pour moi, trop impulsive / incontrôlable ? !!! je ne sais pas mais effectivement j’ai encore beaucoup à apprendre 🙂 MERCI à vous deux.

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